La vie autrefois... Témoignages

L'ECOLE VUE PAR UNE ANCIENNE ELEVE

extrait du bulletin de 2012, témoignage

L’école était pour moi la grande affaire. Il n’y avait qu’une classe unique et je suivais avec bonheur les cours à tous les niveaux, du CP jusqu’au certificat d’étude. La maîtresse était très sévère mais compétente. Elle sentait bon et elle était tout auréolée de culture. Elle commençait la journée par une leçon de morale, puis venait la lecture suivie d’une dictée et la matinée se terminait par le calcul. J’excellais à l’époque en calcul mental présenté en forme de jeu. A l’école, il y avait une grande bibliothèque et de temps en temps des activités récréatives. J’étais heureuse, j’avais beaucoup de copains souvent plus âgées que moi et après l’école, nous nous retrouvions pour jouer dans les greniers ou les granges.

Le village avait encore un communal (héritage de la révolution) et nous gardions nos troupeaux en échangeant nos goûters. Daniel, un de mes copains, buvait le lait de ses chèvres à même le pi. Nous ignorions les codes sociaux, vestimentaires, l’hygiène et la pudeur ou parfois ça se télescopait un peu, la vie et les bienséances. Ainsi quand la maîtresse, un jour dans la campagne se trouva face à l’un d’entre nous qui posait culotte, quelle ne fut sa surprise de voir que son élève respectait bien les règles de politesse en soulevant d’une main sa casquette pendant que l’autre se torchait le derrière.

La maîtresse occupait une position privilégiée dans le village. Elle restait à distance. On la craignait, même si l’on n’était pas son élève et lorsque l’on tuait le cochon (ce qui était le cas plusieurs fois l’hiver, dans chaque ferme) on lui réservait un morceau de la bête et du boudin. Je me suis demandée des années après comment un instituteur de village pouvait consommer autant de porc ! Il faisait chaud à l’école.

Chacun à notre tour, nous devions entretenir le poêle, le nourrir de petit bois le matin, ajouter du charbon en boulets le jour et le soir verser une crêpe de poussière d’anthracite mélangé à de l’eau pour garder le feu au ralenti toute la nuit. Nos activités ménagères ne s’arrêtaient pas là. Nous fabriquions aussi l’encre en délayant une poudre violette avec de l’eau. Ces jours là, nous revenions tout maculés de taches violettes mais heureux d’avoir rempli nos encriers.

A la fin de l’année, c’était le grand ménage : on récurait les tables, on lavait tous les objets d’usage, on rangeait les anciens cahiers dans le grand placard. Je ne me souviens pas d’avoir eu d’autres fêtes. Ni Noël, ni anniversaires et le 14 Juillet tombait pendant les vacances !

Nous remercions la personne qui nous a fait partager cet instant de la vie d’antan à l’école et nous incitons d’autres habitants de Vassel à nous apporter leur témoignage concernant la vie rurale du village soit par le texte, soit par les photos. L’anonymat sera respecté, selon le souhait de chacun.

LE TAMBOUR DE VILLE (OU DE VILLAGE)

extrait du bulletin municipal de 2015, témoignage

Cette tradition de "passer le tambour" existait à Vassel depuis fort longtemps. Pour ma part, née dans les années 60, je n'ai connu que Odette Plasse, une maîtresse femme, très énergique, dotée d'une voix de stentor, qui débutait le tour du village par le "quartier bas". Avec elle, ça ne rigolait pas : tout le village devait écouter, c'était une forme de respect.

"Plan, plan, rantanplan !""...

En fait, ses annonces étaient très sérieuses ; par exemple elle lisait à voix haute le plus distinctement possible : "Avis de Monsieur le Maire : la population est invitée à assister à la Cérémonie commémorative de la Victoire de 1945 le 8 mai à 11 heures. Rassemblement sur la place du village avec dépôt de gerbes au Monument aux Morts en présence du Corps des Sapeurs Pompiers et des élèves de l'école. Un vin d'honneur clôturera la manifestation à la salle du four." et Plan, plan, rantanplan... elle et sa petite troupe s'éloignaient en remontant la rue (actuellement Rue du Pironin) sous les aboiements furieux de tous les chiens du coin qui détestaient le son du tambour. Le tour du village se poursuivait, avec plusieurs arrêts informatifs... et quelques enfants supplémentaires qui suivaient le tambour en chahutant et en riant joyeusement. Moi-même je les entendais venir de loin, j'accourrais au portail tout en appelant mon père : "C'est le tambour, c'est le tambour !!!". Nous écoutions quasi religieusement les avis d'informations de Monsieur le Maire, mais le raffut ambiant nous empêchait parfois de tout comprendre. Trop tard, le tambour était déjà loin...

Quels souvenirs ! Maintenant c'est moins rigolo, il y a les panneaux d'affichage...