La vie autrefois... Quelques anecdotes

VASSEL DANS LES ANNEES 1920

Autour des années 1920, à Vassel, toutes les femmes s’appelaient Marie ou Maria. Toutes étaient fermières. Toutes étaient vêtues de noir, avec de longs tabliers sur deux ou trois épaisseurs de jupons et de culottes longues, fendues par le milieu. Toutes portaient des chapeaux de paille, l’été et des bonnets de laine l’hiver. Les rues du village n’étaient pas goudronnées et fallait avoir de bons sabots pour marcher dans la boue, fréquente et très gluante.

Chaque famille élevait du bétail et avait une basse-cour, des poules, des oies et aussi des canards. Ces derniers aimaient bien barboter dans la mare, à la Coharde, là où maintenant on a construit des maisons, après de puissants remblaiements.

Le matin, les canards de Marie Bernard (la Marie Patan) descendaient la rue principale du village en se dandinant, croisaient les canards de la Marie Pinay et ceux de la Marie Ducros. Le soir, elles revenaient au logis en empruntant immanquablement le chemin le plus court, la petite rue qui longeait le vieux cimetière, aujourd’hui disparu. Comme celle-ci était doublement coudée, on pouvait se trouver inopinément au milieu du troupeau effarouché des volailles. Les canards de Vassel formaient une confrérie ambulante et cancanière. Les cannes faisaient leurs œufs un peu partout, ce qui réjouissait les enfants avides de les ramasser.

Un jour, dans les années 1934-1935, le ruisseau de Bouzel (le Jauron), déborda et les eaux envahirent pour plusieurs jours tout le bas du village. Les canards disparurent dans la rivière… Les Marie eurent beau les appeler, les chercher…elles revinrent crottées, désespérées et bredouilles auprès de leurs maris inquiets et immobiles, qui les attendaient. Les canards de Vassel avaient emprunté le cours du ruisseau qui conduit à l’Allier, lequel se jette dans la Loire.

Cette année-là, pour les vendanges et à Noël, on se contenta de rêver à la chair bien grasse des canards.

 

DES VASSELOIS A PARIS

En dépit des rumeurs, Paris n’est pas peuplé que d’Auvergnats. Quelques rares Vasselois se sont lancés dans l’aventure, au XXe siècle. Monsieur Guérin était ouvrier boulanger. Ses parents étaient fort connus à Vassel. Le père était Maréchal ferrant et, comme, autour des années 1900, les chevaux n’étaient pas très nombreux en Limagne, il n’était pas très riche. Les paysans n’avaient que des vaches, qu’ils attelaient. Monsieur Guérin avait quatre enfants, trois fils et une fille nommée Augustine. Deux fils sont morts à la guerre de 14. Le père ne s’en est jamais remis et sa femme, pour gagner ce qui lui restait de vie, gardait des enfants en nourrice, en élevant les deux siens. Le dernier enfant du couple est devenu boulanger à Créteil.

Monsieur Douveghant que j’ai connu, était caissier à l’hôtel du Louvre, palace dont l’entrée principale fait face à l’opéra Garnier. Il travaillait la nuit, de 18h, le soir, jusqu’au petit matin où il fermait le coffre. Travail bien périlleux ! Il avait effectué un séjour en Angleterre pour apprendre l’anglais car la clientèle était surtout anglo-saxonne et il connaissait bien les dollars… Sa sœur Marie était femme de ménage, lingère et concierge dans une maison bourgeoise située en face du champ de courses de Longchamp. Elle habitait dans un minuscule pavillon de deux pièces à l’entrée du parc.

Monsieur Ribeyrolle était né à Ardes sur Couze et avait acheté une maison à Vassel pour sa retraite. Sa vie active s’était déroulée à Paris où il était bougnat (charbon, café) et brocanteur. D’un premier mariage, il avait un fils, Noël qui n’avait jamais connu sa mère, morte très jeune. Noël avait été élevé par sa grand-mère maternelle à Ardes et il avait suivi son père, remarié, à Paris. Monsieur Ribeyrolle retiré à Vassel avec son fils et sa deuxième femme avait ouvert un café épicerie sur la place, en face de la fontaine.

Tata Lucie (Lucie Roche), la nièce de mon grand-père, était mariée à un cheminot de Chignat, employé du PLM. Celui-ci mourut très jeune la laissant avec ses deux filles Marie et Marcelle. La compagnie offrit à la veuve une place bien rémunérée, gare de Lyon mais pas de logement. Les voyages étant gratuits, elle venait toutes les semaines voir ses filles en pension provisoire chez Mme Verdier. Puis ses filles la rejoignirent. Elle est décédée à Vassel, très vieille et très alerte, soignée par Renée, sa petite fille, et son mari.

Dans la deuxième partie du siècle d’autres Vasselois sont partis à Paris mais le chemin de l’aventure était déjà balisé.

LA FÊTE PATRONALE DE LA DAME D'AOÛT

Pour la fête patronale de la Dame d'Aout, dans la joie des moissons finies et l'ail récolté, on confectionnait des "pompes" qu'on cuisait dans le four communal. La Maria Verdier (personne d'autre ne l'a jamais fait), était chargée de chauffer le four avec des fagots de sarments que chaque famille lui apportait. Et on cuisait d'immenses tartres sur des planches qui servaient aussi à faire refroidir le boudin quand on tuait le cochon. C'étaient des "pompes" qui ressortaient bien dorées et qui avaient une surface qu'on a jamais vue chez aucun pâtissier.

Et le lendemain avait lieu la messe, suivie de la procession des conscrits et des musiciens qui faisaient les aubades dans chaque maison. On mangeait ensuite un bon repas de fêtes, puis on dansait "dans le four" et sur la place du village avec un accordéoniste qui allait de village en village. 

 

 

LA GRANDE LESSIVE

Tout cela a bien disparu, comme ont disparu les grandes lessives d'autrefois. On lavait les draps une fois par an. Chaque famille "coulait" la lessive chez soi dans de grands cuveaux de bois, l'eau bouillante passée sur de la cendre de bois rassemblée dans un sac ou était répendue sur un drap qui recouvrait les autres.

Quand la lessive était finie de "couler" (18 fois en tout : 6 fois tiède, 6 fois chaude, 6 fois bouillante), on "liait" les vaches, on les attelait à la "barcelle" et on chargeait tous ses draps pour aller les rincer à la fontaine des Dames où coulait, gros comme le bras, une eau claire et glaciale même en été. On tendait ensuite des cordes d'un saule à l'autre et les draps séchaient au grand air. On les pliait à deux, bien blancs, et ça sentait bon pour toute l'année...

 

 

LES METIERS QUE L'ON RENCONTRE A VASSEL AU XIXème siècle

Données collectées dans les archives municipales.Texte issu du bulletin municipal de 2008.

Au XIXème siècle, l'essentiel de la population se consacre à l'agriculture et à l'élevage. 

On dénombre; dans ce siècle, 362 habitants en 1826 et 237 en 1896. Cet écran s'explique par des changements importants dans le monde rural en fin de siècle : crise du phylloxera, attraction de la ville ou de l'industrie qui recherche de la main d'oeuvre, arrivée du progrès et de la mécanisation.

On trouve un mécanicien installé dans le village, mais le forgeron est encore un personage incontourbable. Le niveau de vie est bas, les gens économisent sur tout et ils réalisent  eux-même les travaux d'entretien de leurs bâtiments. Si besoin est, ils peuvent toujours faire appel aux artisans des villages voisins. Les habitants s'approvisionnent et vendent leur production sur les foires ou les marchés alentours, très fréquentés. Accesoirement, les colporteurs fournissent quelques objets. 

Avec le lait des vaches, on réalise le GAPERON, une spécialité vaselloise méconnue. Dans certaines fermes on file et on tisse pour les besoins familiaux, ce qui n'empêche pas l'existence de huit tisserands prfessionnels qui travaillent avec le fil de chanvre, produit et conditionné sur place. 

L'arrivée du chemin de fer engendre des emplois inconnus : 4 cheminots sont ainsi recrutés. Ce nouveau moyen de transport moderne et efficace permet l'exportation des récoltes jusque dans les grandes villes.